PREFERES -TU JOUER A LA TURQUE OU A L’AUTRICHIENNE ?

Imaginons une petite station balnéaire italienne des années 60, qui aurait pu être dépeinte par les cinéastes néoréalistes de Cinecitta. Imaginons une famille française en villégiature, dont les journées se partagent entre plage et visites touristiques, car le repos n’exclut ni la curiosité et ni l’envie de se cultiver. Entre ses parents et ses deux grands frères, au milieu, une petite fille de six ans, qui, honnêtement, préfère la mer et les glaces aux visites de Ravenne ou de Vérone. Mais seule entourée d’adultes et de grands adolescents, l’idée ne lui viendrait pas de se rebeller…

Mais fort heureusement, elle est née dans une famille joyeuse, qui apprécie aussi les distractions plus légères. Et depuis quelques jours, on parle beaucoup d’aller faire un golf miniature ! Pour une petite fille, le fait qu’il soit «miniature» le met déjà à sa portée, et c’est avec une grande joie qu’elle reçoit balle et club pour réaliser son premier «18 trous». Mais à six ans, on est encore très malhabile et l’expérience tourne au cauchemar : A chaque trou, elle accumule les essais sans réussir à mettre la balle dans le trou. Les installateurs ont eu beau prévoir des obstacles amusants, comme une petite rivière à dépasser (avec une épuisette pour aller chercher les balles tombées dans l’eau), rien ne vient apaiser la rage de «ne pas y arriver». Bien que très jeune, elle sait très bien compter et mesure bien que son score sera beaucoup plus élevé, en fin de parcours, que celui des quatre autres joueurs.

Son Ego est très malmené, car, une fois de plus, elle a été «la petite», celle qui ne sait pas, face à ces quatre grands qui, eux, sont très satisfaits de leurs exploits. En fait, comme beaucoup d’enfants dans ces cas là, elle boude. Mais ce n’est pas seulement un caprice, c’est aussi une immense déception et un terrible constat d’impuissance.

Son papa lui prend la main et lui demande ce qui ne va pas. Elle explique qu’elle est très vexée d’avoir le score plus élevé donc le plus mauvais, qu’elle aurait voulu gagner. Alors son père lui répond :

– « Oui, mais ça, c’est parce qu’on n’avait pas décidé avant si on jouait à la Turque ou à l’Autrichienne…. Qu’est ce que tu préfères, jouer à la Turque ou à l’Autrichienne ?»

Du haut de ses six ans, la petite fille sait déjà que la Turquie et l’Autriche sont des pays, mais comment choisir ? Elle répond un peu au hasard :

– « A la Turque ?»

– « Eh bien, voilà, si tu choisis de jouer à la Turque, c’est toi qui a gagné, parce qu’à la Turque, c’est celui qui a le plus de points qui gagne»

Et la petite fille, toute heureuse, cessa de bouder, car son papa venait de lui démontrer qu’il y avait toujours possibilité de gagner, liée de la manière dont on regarde les événements. Cette histoire ne l’a pas quitté depuis.

Même si la vie présente parfois des épreuves beaucoup plus douloureuses que des mauvais résultats au golf miniature, et qu’il n’est pas aisé de relativiser quand on est envahi d’émotions, elle garde au fond de sa mémoire qu’il est toujours possible de CHOISIR comment on joue.

Donnons-nous cette possibilité (et donnons la à nos enfants) de jouer à l’Autrichienne ET aussi à la Turque quand l’occasion s’en présente, de vivre ce qu’on pourrait prendre pour des revers cuisants comme d’autres façons d’éclairer notre parcours, d’accueillir les échecs sans les dramatiser, en allant chercher leur «autre coté» et, avec discernement, apprécions leur réel impact et leur enseignement.

ARTICLE DE NOËL BOUVIER-STALLA

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